Memoires en vrac

(Im) pressions

Elle ne s’est décidée à me raccompagner que vingt minutes avant le départ. Et lui, il se baladait dans les parages quand j’ai reçu son appel : je crois que je peux t’emmener à Mavalane. Tu es où comme ça ?

J’étais encore en train de dé-finir mes bagages. Comme d’habitude, en moments pareils, le temps me manque et je ne pense à mes malles que quelques instants avant l’heure « H ». D’ailleurs, et j’entends cela depuis mon enfance, n’est-ce pas vrai que la valise doit être faite au dernier moment pour ne pas contenir des mauvais esprits ? Rumeurs antiques, très connues chez les miens. J’avais du mal à me décider sur les contenus des bagages ; j’hésitais aussi sur le choix des papiers qui auraient l’honneur de m’identifier ailleurs. J’ai voulu prendre mon permis de conduire, mais je me suis tout de suite interrogé sur son utilité. Sur ce petit truc on pouvait lire une séquence de grosses lettres noires : SADC. Et là-bas, au contraire, c’est Schengen, une communauté comme la nôtre n’ayant pourtant plus ces Objectifs du Millénaire tels que l’éradication de la famine, la prévention des guerres ethniques, l’éducation et la chicotte pour tous, la richesse pour les pères-des-nations et un etcetera de devises populistes et contradictoires.

Après une heure de route, et arrivé sur cet endroit tant rêvé, j’ai fait le check in (je dois apprendre à utiliser l’équivalant en français de cette expression. On raconte que les Académiciens traduisent, tous les jours, chaque mot étranger qui rejoint le lexique français, alors il doit être caché quelque part dans ces gros dictionnaires qu’ils écrivent pour promouvoir et protéger une langue vivante), puis je suis monté dans la grande salle dite d’embarquement. Après avoir choisi l’endroit où j’allais déposer mes affaires et m’être (r)assuré sur la durée de l’attente, j’ai pensé à ceux qui, en dépit de m’avoir accompagné jusque-là, ne pouvaient pas me voir partir. Ces lieux ressemblent un peu à l’Au-delà dont les portes ne laissent passer que celui qu’on a choisi pour rejoindre le Seigneur. Pendant que je vaguais, j’ai constaté qu’il y avait des Meticais dans mes poches et que cela ne servirait à rien de les emmener là-bas. Il me fallait de l’argent ; une autre monnaie qui compte dans ce monde. On m’a expliqué qu’en bas on pourrait, en échange, me donner un seul billet et quelques pièces pour soulager mes poches visiblement pleines. Je suis descendu, dare dare, et la surprise : dans un grand aéroport on ne propose que des Rands ! Franchement ! C’est toujours l’image arc-en-ciel qui nous hante même quand on s’apprête à traverser des mers et des déserts ; quand on est sur le point de réaliser un rêve bleu blanc rouge.

Je remontais, les poches toujours pleines et, arrivé à la douane, on m’a pris pour un intrus. Je n’avais pas l’air d’un passager. Et pour le comble du ridicule, me croyant toujours chez moi, je m’étais permis de me balader sans aucune pièce qui justifierait mon appartenance à l’au-delà. Une dame m’a « prié » de m’isoler alors que des passagers se faisaient scanner. Dix minutes plus tard, peut-être par pitié, elle m’a fait signe d’avancer.

Le Boeing 737-700 de l’Ethiopian Airlines planait depuis deux heures et une voix douce m’a réveillé pour me demander : beef or chicken ? Surpris, j’ai dû réfléchir rapidement et donner une réponse convenable. Il faut un savoir-être dans ces transports globalisés.  J’ai dit chicken parce que ça c’est pareil partout. Un poulet reste toujours un poulet, partout. Et le beef, même s’il rime souvent avec bœuf, on ne sait jamais… Plus tard, j’ai constaté, chez mon camarade d’à côté, qu’en plus d’être très rouge, ce beef était servi, parait-il, avec du riz en poudre, couleurs de chocolat. Du jamais vu dans le monde à moi ! Certains passagers ont désespérément tenté de le substituer par un chicken.  Je n’ai pas vu le manioc, la matapa ou d’autres choses plus familières pouvant amplifier cette petite liste des nourritures sans frontières. J’ai gobé mes petits morceaux avec d’autres trucs dont les noms ne me reviendraient pas à l’esprit, même si la fille me les avait dictés.

On survolait certainement les forêts et les lacs perdus dans le grand désert africain, intimidant certains de nos célèbres big five qui, pour enfanter des nouveaux riches, se voient condamnés à la disparition. J’ai rallumé mon téléphone et il était seize heures vingt-huit. Selon mes calculs simples, nous ne ferions la première pause qu’au bout de quatre heures. Mon derrière dénonçait déjà une fatigue précoce et, n’ayant aucune autre chose à faire, j’ai écrit. Et j’ai écrit en criant en silence que mes fesses devaient me comprendre pendant les quatre heures suivantes. Habitué à la monotonie, je n’avais pas pensé aux décalages horaires, cette réalité lointaine, signe d’un certain manque de références. Et une heure après, on annonçait un atterrissage à Addis Abeba, alias Adis Ababa.

Etonné par cette arrivée en avance, j’ai pensé aux raccourcis habituels dans ma ville, surtout quand les chapa-cem décident de grever et tout le monde doit rentrer chez soi à pied. Mais cela n’existe peut-être pas dans les airs.

Voici l’Ethiopie, vue depuis des écrans accrochés sur les murs d’un grand et humble aéroport ; depuis des magasins de luxe où l’on vend des souvenirs pour ceux qui peuvent voyager avec de la monnaie-monde dans leurs poches. J’ai voulu goûter un café local, préparé et servi cérémonieusement par une femme dont le regard attirait plus que l’arôme de ses recettes. Je lui ai avoué mes intentions en lui expliquant que j’avais des Meticais. Elle a beau apprécier la somme, la monnaie ne lui disait rien ! Pas de souvenirs concrets de ce lieu fort mouvementé, dont l’ambiance me rappelle quelques rues au centre-ville de ma capitale.

Un autre jour commençait à peine quand une autre voix, très différente de celle qui m’avait réveillé pour me proposer un chicken ou un beef, a annoncé le départ. Trop de monde devant les quelques guichets ; un grand bazar ! Un agent me fait signe et je lui tends mon document et mon ticket de voyage. Il les inspecte scrupuleusement et puis, me regardant droit dans les yeux, me salué d’un ton froid. J’ai eu l’impression que quelque chose tournait mal ; que l’image sur ma pièce d’identité n’était peut-être plus la mienne. Il m’écarte en me demandant de patienter. Le bus que je devais prendre fermait ses portes et moi, pétrifié, j’attendais ce frère qui trainait avec mes pièces. Il revient en courant dans la foule et me les rend en me désignant par le doigt : go to that bus. Le bus en question partait presque et, perdant toute ma classe, j’ai dû courir et me projeter à l’intérieur comme un cobrador de chez nous en pleine exhibition de ses performances, de son savoir-faire.

Six heures. Je me réveille de mes sommeils en étapes. On annonce un atterrissage et je dois me situer. Roissy ou Charles de Gaulle ? Voici deux noms que j’avais gardés de cet endroit suite à mes causeries avec Béchir Benladen, cet enfant soldat inventé par Waberi, ou Massala Massala, le pseudo-parisien créé par Mabanckou. Malgré les heures passées devant les fenêtres qui me permettaient de projeter le regard vers l’extérieur et tenter d’avoir une première impression, je n’ai rien vu de familier : la Tour, l’Arc, le Louvre…  On est souvent persuadés qu’il suffit de poser le deuxième pied sur ce sol pour contempler toutes ces publicités qui font rêver un demi-monde. J’étais en route, vers un endroit pittoresque qui devrait encore nourrir mes notes.

Premier matin et un petit problème. Toujours pas averti sur les décalages horaires, au moment du dodo j’ai réglé le réveille-matin sans prendre les précautions nécessaires et un sommeil profond ne m’a même pas permis de rêver. Six heures du matin, une sonnerie bizarre. Je rêve ou quoi ? Dehors il faisait encore nuit et j’ai pensé : merde, encore ce truc qui ne cesse pas de me tromper !  Là-bas, la journée commence même si le soleil refuse d’apparaître. J’ai alors compris pourquoi ces frères du nord se sont, trop vite, inventés les montres et d’autres trucs qui remplacent l’âne, le coq et le soleil en Afrique.

Sauté du lit et me rendant compte du retard, je devais, pour me tranquilliser devant les autres (au cas où…), penser à une excuse. Les chapa-cem, l’embouteillage, bien sûr. Au bout de quelques secondes, un lourd silence m’a frappé les tympans : pas de bruit dehors, aucun klaxon, personne dans les parages, aucun cri chez les voisins. Quelle vie dans cette ville ! Tout se passe en silence, et même les voitures prennent toutes précautions pour ne pas déranger les rues qui se reposent encore. Je n’avais toujours pas trouvé mon excuse.

J’ai rattrapé le temps et après quinze minutes j’étais dans un centre où le monde était proportionnellement représenté. On dirait une salle d’exposition des races humaines, si celles-ci existent. Souriante, une jeune fille m’accueille et me souhaite les bienvenues. Je la remercie et prends tout de suite un dossier qu’elle m’avait désigné.

Formalités finies, on est parti à la découverte d’une gastronomie qui se vante d’avoir mis son nom sur les pages de l’Unesco. Au fond intérieur de la brasserie, un ensemble de petites tables collées nous attendait. Devant la porte principale, une sœur magrébine hésitait sur le choix du premier pied qui devait accéder aux lieux. Je l’ai interrogé sur l’intérêt de ces cérémonies qui nous bloquaient le passage. Elle s’est tournée vers moi, et rassurée sur nos petites différences, m’a expliqué que, pour elle, il est fondamental de savoir poser les pieds pour commencer quoi que ce soit. Suivant, en fin, son pied gauche je me suis précipité dans la pièce. J’ai remarqué qu’on était entre nous, formant une sorte de communauté à base d’on ne sait pas quels critères. J’ai voulu accuser la ségrégation, mais ce n’était pas le cas, même si le fait d’être de l’autre côté de la Seine, dans ce Rive Gauche, pourrait avoir une signification peu digne selon la mémoire collective locale. La gastronomie, présentée toujours sans aucun Menu, se stockait dans mon ventre habitué à la passivité. Et grâce à ce petit geste, je devenais, moi aussi, un citoyen du monde.

Au bout de la deuxième journée, j’ai senti l’hiver. On se promenait comme des touristes, des gouttes d’eaux tombant sur nos têtes. Une calculette en mains, je tâchais de lire les prix des produits exposés dans les vitrines pour comprendre à quoi mes Meticais ressemblaient. Pas grand-chose ! Conscient que je quitterai ces lieux sans aucun souvenir matériel, je me suis contenté de garder ce qu’il y avait de gratuits. Je me suis d’abord prostré devant la Cathédrale, le dos contre la chambre de Monet pour, finalement, aller rendre hommage à Jeanne d’Arc, place du Vieux Marché. J’ai admiré la cathédrale homonyme dont l’architecture reste une attraction touristique hors pair. Les touristes y sont invités pour des prières occasionnelles puisque les portes sont toujours ouvertes, à l’exception de ce lundi, moment unique, où moi aussi j’étais devenu touriste. J’ai reconnu, en passant, l’image de Flaubert dont le regard distant et frustré semble encore vouloir dénoncer d’autres Emma Bovary qui ne cessent jamais de se multiplier dans nos sociétés.

Un Jour, me présentant à quelqu’un qui croisait mon chemin, je me disais mozambicain. Et, étonnés et se regardant, les gens semblaient chercher un Atlas mondial pour situer ce territoire pourtant très vaste et fort visible que bon nombre de petits pays bien cités : la Maurice, par exemple, on dirait une petite graine de sable sur un terrain de foot !

Après quelques cours rapides de géographie que je leur faisais parfois, mes camarades se souvenaient des reportages télévisés sur l’Afrique suivis depuis leurs fauteuils. Souvent, ils s’étonnaient quand je leur assurais qu’en Afrique on roule aussi en voitures ; qu’on habite dans des maisons en béton, comme eux.  Ils voulaient surtout des nouvelles sur les tendances du virus Ebola ainsi que sur le sort de ces presque deux cents jeunes filles séquestrées par le Boko Haram. Je leur disais alors que, comme eux, je n’en savais rien ; que l’Afrique est un vaste continent.  J’essayais de leur dire que, nous aussi, on rit, on joue, on va au cinéma ; que les misères ne sont plus intégralement décrites dans nos hymnes. Qu’on est aussi défenseurs des droits humains, de l’égalité entre les Hommes, y compris entre les femmes ; que nos sœurs ont désormais le droit de choisir leurs maris et que ceux-ci participent aux tâches ménagères comme partout dans le monde ; qu’on les aide à aller chercher les enfants à l’école, à faire la cuisine, la vaisselle ; à laver les linges ; qu’on devient, peu à peu, fidèles à nos femmes ; qu’on admire et pratique aussi la monogamie. Que les Big five sont bien éloignés de nos résidences et qu’on ne les domestique pas ; que certains d’entre nous n’ont jamais vu un lion car celui-ci, ainsi que d’autres sauvages ne se promènent pas dans nos parcs et voies publics.

Un autre jour, j’ai fait l’idéal lorsqu’on me demandait si les nouvelles technologies me connectaient à ma famille ; si mon gosse m’avait reconnu sur Skype. J’ai dit « oui » en priant pour qu’on ne me demande pas de leur connecter pour un simple « salut ». Comment expliquer que chez nous l’internet reste encore un privilège ; que notre objectif du millénaire est toujours la distribution équitable de l’eau potable ? Souvent, les malheurs, cela ne se raconte pas ; il faut les vivre pour les comprendre. Des malheurs relatifs, bien entendu, car seule une nouvelle réalité peut nous révéler les différences.

Ce soir-là, avant mon dîner, j’ai encore eu du mal à expliquer à Michel la raison par laquelle notre drapeau est décoré, entre autres choses, d’une arme. Le petit se demandait pourquoi dans la leur il y a seulement trois couleurs. Voyant son visage naïf, j’ai décidé de lui cacher l’Histoire dans l’espoir de le voir grandir et bâtir un monde meilleur. Je ne lui ai non plus parlé de cet épisode qui me demande toujours d’être accouché. Et il verra le jour maintenant parce que je suis sûr qu’il ne lira pas ces notes en vrac.

Encore ce soir-là, je lui aurais proposé de regarder la télé à vingt heures. On parlerait certainement d’une querelle née d’un petit détail entre un jeune homme noir et une femme blanche d’un âge considérable devant la caisse d’un supermarché et qui a fini par attirer l’attention d’un demi-monde. Incrédule, j’ai constaté que l’incompréhension et la haine héritées règnent toujours dans certains esprits. J’ai voulu tout de suite voir un prêtre qui me relierait à Dieu pour me faire pardonner au nom de ces deux frères qui, pour un instant, banalisaient l’espèce humaine. Me dirigeant rapidement vers la sortie, je me suis rappelé que, d’après mon catéchiste d’enfance, on n’avait forcément pas besoin d’une chapelle ni d’un prêtre pour Lui parler ; qu’Il nous entend toujours sans qu’on fasse le moindre déplacement… Surtout dans cette ville à cent clochers qui, après avoir inspiré un impressionniste, forment aujourd’hui une sorte de toile divine.

Le lendemain, j’aurais aussi dit au petit Michel de regarder les journaux qui s’étaient occupés de l’affaire et qui prétendaient que le jeune homme avait agi en légitime défense contre les injures d’une femme prise par l’ivresse. Et, tenant compte des conclusions rapidement prises par les autorités et véhiculées par la presse locale, il m’aurait fait des leçons sur les secrets de la flexibilité de la justice dans son pays à lui.

Les différences, cela se voit aussi quand on veut devenir touriste par le simple fait d’être ailleurs. Ce n’est pas évident. J’ai la chance d’être originaire d’un pays que quelqu’un, grâce à sa verve poétique, l’a baptisé « perle indienne ». J’ai grandi aux bords de la mer, et j’ai connu des coopérants (ceux qu’on appelle touristes, à cette époque-là étaient tous des coopérants !) pendant mon enfance. J’ai été photographié loin de mes parents par ces gens qui, torses nus, se promenaient dans les rues avec des gros sacs et des cameras. Depuis ce temps-là, j’ai appris moi-même la formule du touriste : un sac à dos et une caméra. Et photographier n’importe qui. Et ce jour-là ce n’était pas n’importe qui. J’avais simplement envie de garder, pour moi, une petite image d’une amitié née du hasard. Il s’agissait de ces enfants qui savent, dès leur tendre enfance, apprécier les parcs et les jardins et s’y rendre tous les dimanches. Ils m’avaient pris pour « ami », après deux rencontres rapides. Eh bien, dans ce monde on ne peut plus être amis d’un enfant. J’ai su, malheureusement, qu’avec ma caméra devant eux, je risquais de terminer dans une prison…

C’est peut-être cela qui justifie que les nôtres soient très cherchés par ces touristes-type que j’ai connus pendant toute ma petitesse. Ils doivent combler cette carence de visages naïfs sur les pages des revues. Et eux ?  Ils courent après les cameras des touristes comme des chiens après un os. Entendant les rumeurs, certains parents de chez nous se montrent très fier de savoir que les visages de leurs gamins et gamines seront affichés sur les pages d’un livre. Dans ma « perle indienne », personne n’ose questionner l’objectif ultime de ces photographes de rue.

Là-bas, être touriste c’est aussi aller se promener devant un gigantesque tour, exposé au froid et se faire escroquer par des jeunes désœuvrés le long d’une Promenade… Ces tromperies, bannies depuis longtemps dans mon village, continuent d’intéresser à un bon nombre de vrais touristes qui croient être allés au Trocadéro pour s’enrichir grâce à un simple tour de dés. J’en ai vu d’autres qui, au lieu d’aller faire la queue pour monter au sommet de la Tour, ont joué pendant des heures infinies, essayant de récupérer les premières pertes d’argent. Et si ma mémoire est bonne, à l’époque où, chez nous, ces jeux faisaient encore fureur, personne ne récupérait son argent même après mille et une tentatives. Et me jugeant très averti sur le sujet, j’ai essayé d’en parler à quelqu’un qui s’apprêtait à entrer en jeu. L’escroc m’a alors menacé en disant que, n’ayant rien à foutre dans les parages, je ferais mieux d’aller apprécier la neige artificielle exposée sous les quatre jalons de la Tour.  Et moi, déçu pour ne pas avoir pu apporter ma connaissance à ces gens, une petite contribution à l’humanité, j’ai refait mes bagages et pris ma route en me disant que j’avais perdu ma minute de gloire.

Francelino lectures at the Universidade Pedagógica in Maxixe, Mozambique and has a master degree in linguistics in Rouen, France.

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